L’Afrique, j’y crois

Vérone Mankou
Vérone Mankou

Dans Analyse Posté le

En 2006, lorsque je peaufinais l’idée qui a donné naissance à VMK, la plupart des personnes à qui je parlais de mon projet pensaient que j’avais un petit vélo dans la tête. Selon elles, j’étais un fou ; rien de plus qu’un rêveur car, à cette époque, accorder du crédit à un tel projet était une pilule difficile à avaler … surtout lorsque celle-ci leur était donnée par un jeune de 20 ans  (ça aurait peut-être été différent si j’étais un vieil économiste réputé 😀 … hélas) !

J’étais même devenu insupportable pour ces personnes caractérisées par un pessimisme inquiétant. Mon péché ? : je leur parlais d’une initiative qui leur semblait irréalisable et je m’obstinais à les faire accepter l’idée qu’un géant du numérique pouvait naître sur le continent.

Je suis resté fidèle à cette conviction et voilà que, onze ans plus tard, mon « rêve » prend forme et devient, vraisemblablement, ce qu’on pourrait appeler par « réalité ». Je le dis parce que je viens de tomber sur une étude du fonds d’investissement Partech Ventures, relayée partout sur le continent notamment via Le Monde et Jeune Afrique.

Dans cette étude, on apprend qu’en deux ans, les startups africaines ont levé 650 millions de dollars… soit, à peu près, 400 milliards de Francs CFA au taux du 18 mars 2017 (précision utile pour les lecteurs qui découvriront cet article dans quelques années quand le CFA sera dévalué ou n’existera plus).

Ce montant motive dans la mesure où il pourra dépasser le milliard de dollars annuel d’ici 5 ans, mais plus qu’une motivation, ces chiffres représentent un fait qu’on ne peut plus cacher :

Le numérique est plus que jamais une voie de sortie pour l’Afrique.

J’avais donc visé juste … mais cela ne fait pas de moi un visionnaire pour autant. Je considère que l’unique différence qu’il y avait entre mes interlocuteurs de l’époque et moi est qu’ils étaient fidèles à leur pessimisme (maquillé à tort en pragmatisme) pendant que moi je forgeais mon afro-optimisme en m’inspirant des success stories comme celle de Mark Shuttleworth.

Certes, l’Afrique a raté toutes les révolutions depuis mais tout porte à croire qu’on ne ratera pas celle du numérique, parce que partout sur le continent, tout le monde se prépare et personne ne veut rater ce « train ». Il suffit de jeter un coup d’œil sur le merveilleux blog de Samir Abdelkrim pour s’en rendre compte.

Le problème avec les « trains », quand on est en retard, il faut courir pour ne pas le manquer. Dans certains pays d’Afrique, une petite bagarre est parfois indispensable pour obtenir une place (quand c’est pas juste pour parvenir à franchir l’entrée 😀 ). Et, dans cette course de la dernière heure, beaucoup de pays ont déjà pris de l’avance. Ils sont trois (3) au peloton de tête : Nigéria, Afrique du Sud et Kenya… tous anglophones (encore… enfin, voilà pourquoi je vais lancer une version English de ce blog dans quelques semaines… 😀 ). A eux seuls ils ont levé près de 300 millions de dollars sur les 360 millions de dollars investis en Afrique en 2016, soit un peu plus de 80% de parts de marché. Victoire par K.O.

 

Le quatrième pays dans ce listing est le Rwanda. Je ne sais pas pour vous, mais pour un habitué du Rwanda comme moi, j’ai du mal à le classer comme un pays francophone… (ceci explique cela).

Heureusement pour les francophones, la Côte d’Ivoire clôture le Top 5 avec 13 millions de dollars levés (environ 8 milliards de Francs CFA) : un ouf de soulagement ! Un peu plus loin, on retrouve le Sénégal avec 6,5 millions de dollars (quelque 4 milliards de Francs CFA) et la liste de 12 pays se clôture avec l’Ouganda qui n’a pas réussi à lever plus de 270 milles dollars… et là je me pose une drôle de question : « L’Afrique compte 54 pays. 12 ont réussi à lever plus de 360 millions de dollars sachant que le 12e de cette liste n’a levé que 270 milles dollars. Les deux Congo ont levé combien ? quid du Cameroun ?  le Zimbabwe ? ». Bref, comme quoi, les techdollars, il y a ceux qui en parlent … et ceux qui les voient.

Au fait, ici on parle d’argent « levé », qui est un indicateur pour mesurer l’attractivité d’un marché. Cette étude ne parle pas d’argent « gagné » car, bien entendu, dans les pays où on n’a pas réussi à lever des fonds, les startups sur place, génèrent bien de l’argent. C’est le cas du Cameroun où le secteur, bien qu’à ses prémices, est très porteur. Mais, malheureusement, le pays vient de prendre un sacré coup avec la coupure d’internet dans les zones anglophones, une décision saugrenue que je condamne avec fermeté car elle n’est pas sans conséquences sur le plan économique et entrave même l’épanouissement de nouveaux talents.

L’Afrique est sans doute le seul continent dont le chantier de construction est loin d’être fini. Dans ce chantier, chaque fils et fille du continent est appelé à ajouter sa pierre à l’édifice. J’y vois une belle opportunité de faire les choses brillamment car nous avons la chance de savoir ce qui a marché chez les autres. Nous pouvons donc nous en inspirer pleinement comme le voudrait bien le leapfrogging ; un modèle qui porte déjà des fruits.

Le continent africain peut être considéré comme un réservoir de croissance pour l’industrie mondiale du numérique puisqu’il y a encore beaucoup à faire : c’est un fait ! Et la bonne nouvelle c’est que le train n’a pas encore quitté la gare, ce qui est une bonne chose pour les retardataires.

Les petits esprits (et grands parleurs) qui pensent qu’il faut avoir une tête fêlée pour croire que l’Afrique va se développer se trompent, nous le savons. Alors qu’ils y voient toujours de la folie à l’état pur, travaillons pour rendre ce rêve possible. Soyons ces rêveurs assumés et prêts à tout mettre en oeuvre pour changer la donne.

Il est donc grand temps de se lancer. Entrepreneurs : lancez-vous ! Talents : lancez-vous ! Pouvoirs publics : soutenez-nous ! Banquiers/investisseurs : financez-nous !… Ce n’est qu’ainsi que les choses vont changer. En tout cas, moi : j’y crois ! Et vous ?

#GoAfrica !

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