Arrêtez de chercher le prochain Zuckerberg en Afrique

Vérone Mankou
Vérone Mankou

Dans Analyse Posté le

Cet article, intitulé dans sa version originale anglaise « Stop looking for the next Zuckerberg in Africa. Mark wouldn’t last a day in here… »a été rédigé par Sadibou Sow, de qui j’ai reçu l’autorisation de traduction et de reproduction.


Oui, je l’ai dit.

Maintenant, comprenez moi bien. Entreprendre n’est jamais facile. Que ce soit à Londres ou dans la [Silicon] Valley. Le gars est brillant, et, est en train de construire ce qui peut être considéré comme la plus grande « révolution » depuis … l’iPhone ? … ce qui n’est pas une mince performance.

Mais, (re)chercher le prochain Mark Zuckerberg en Afrique, c’est un peu comme chercher le prochain … Nelson Mandela dans le sous-sol de Donald Trump. Bien que vous pouvez imaginer quelqu’un dans une cellule de prison là-bas, la douleur de cette personne ne peut jamais être comparée à ce que la légende sud-africaine a eu à endurer à Robben Island. Vous voyez ce que je veux dire ?

Je comprends bien que les médias utilisent principalement ces expressions comme un moyen « cool » de faire référence à un entrepreneur au succès immense, mais les implications sont beaucoup plus importantes qu’ils ont l’air.

Les jeunes et impressionnants entrepreneurs africains chercheront à bâtir le prochain Facebook, sans savoir que Mark a reçu, grâce à la « love money », une énorme somme à laquelle la plupart d’entre eux n’auront jamais accès ; sans savoir qu’ils évoluent dans un écosystème qui est loin d’être prêt à offrir le soutien dont Mark a eu à bénéficier ; sans savoir que Mark n’avait pas pour première intention de gagner de l’argent grâce Facebook, alors que ce n’est certainement pas le cas pour la plupart des entrepreneurs africains.

« Mark n’aurait pas duré un jour ici [en Afrique] »

D’accord, peut-être un jour. Mais il se retrouverait dans un avion, de retour dans la Silicon Valley, dans la matinée du jour suivant.

Encore une fois, je ne dis pas que bâtir un géant comme Facebook est simple, simplement en raison de l’environnement développé dans lequel Mark évolue. Ce que je dis, c’est que le fait qu’il ait démarré cette aventure dans son dortoir dit beaucoup sur les différences qui existent entre ces deux mondes.

Dans la plupart des pays d’Afrique, entreprendre est souvent une question de vie ou de mort. Une fois que vous comprenez cela, vous vous rendez compte que la plupart des entrepreneurs africains ne créent pas des entreprises parce que « c’est amusant ». Ils construisent des entreprises pour pouvoir manger ; pour être en mesure de prendre soin de leurs familles.

Dans beaucoup de pays africains, bâtir une entreprise signifie :

 – ne pas pouvoir compter sur les mentors, car ils sont trop occupés à essayer de rester dans le monde des affaires

– ne pas pouvoir compter sur les lois pour vous protéger contre des entreprises (même légèrement) plus grandes puisque vous ne pouvez pas vous permettre de poursuivre quelqu’un

– ne pas pouvoir trouver de financement, malgré ce que tous les blogs technologiques disent de bien sur le continent et ses opportunités

– ne pas pouvoir s’appuyer sur les talents locaux car, soit ils coûtent chers, soit ils sont paisiblement installés à l’extérieur du continent ou soit, ils travaillent déjà pour une ONG

– ne pas pouvoir compter sur les décideurs parce qu’ils passent la plupart de leur temps en Europe

Aussi, entreprendre en Afrique implique de faire face aux entreprises internationales qui se hissent mieux que vous une fois que votre marché devient assez mature. La liste est longue et je pourrais continuer d’ajouter d’autres éléments toute la journée.

Donc s’il vous plaît, cessons de chercher le prochain Mark Zuckerberg, et célèbrons les Verone MANKOUs et Jason NJOKUs qui construisent des choses qu’ils N’ONT PAS LE DROIT de construire.

Verone Mankou n’avait même PAS LE DROIT de rêver de lancer sa marque de téléphones. Kabirou Mbodj n’avait PAS LE DROIT de lancer Wari. Sim Shagaya n’avait PAS LE DROIT de construire Konga, Rebecca Enonchong PAS LE DROIT de créer Appstech (notez que cette liste comprend tant les entrepreneurs africains francophones que anglophones. A l’attention de Forbes ; la prochaine fois que vous souhaitez écrire un nouveau top 10, appelez-moi …)

L’environnement dans lequel ils ont tous dû évoluer pour devenir ce qu’ils sont aujourd’hui est suffisamment difficile qu’ils n’ont pas besoin d’être comparés à ce qu’ils peuvent considérer – à juste titre – des réalisations de moindre impact.

Si vous êtes d’accord avec moi, n’hésitez pas à partager cet article! Si vous n’êtes pas d’accord, n’hésitez pas à laisser un commentaire afin que nous puissions discuter. Merci!


J’ai particulièrement apprécié ce billet de blog et je comptais traiter d’un sujet quasi identique. Je me serais contenté de partager cet article sur les réseaux sociaux mais étant donné que la majorité de ceux qui me lisent sont francophones, il m’est apparu nécessaire de le traduire (ne faisant pas confiance aux translations parfois trop littérales des services de tradction). Cependant, il convient de rappeler que les propos et idées émis dans cet article n’engagent que son auteur.

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