L’entrepreneuriat, c’est (pas) pour vous

Vérone Mankou
Vérone Mankou

Dans Analyse Posté le

Au cours de ces dernières années, j’ai eu la chance de fréquenter des personnes admirables qui ont influencé certains choix importants de ma vie. Celles dont je vous parle en ce jour avaient en partage une passion « contagieuse » pour l’entrepreneuriat ; c’était de véritables entrepreneurs dans l’âme. Ils avaient cette capacité à donner envie d’entreprendre juste après un échange. C’était incroyable !

Le souvenir que je garde de ces gens est encore tout frais dans ma mémoire. Je me rappelle que parmi eux, il y avait ceux qui sont devenus entrepreneurs après avoir cherché le boulot pendant longtemps sans gain de cause. Certains d’entre eux avaient un emploi autrefois avant de le perdre pour des raisons tant nombreuses que diverses. Et enfin, il y avait ceux qui rêvaient de devenir employeurs plutôt qu’employés.

Le fait de fréquenter ces personnes a vraiment marqué mon passé récent. Je me plaisais tellement à les côtoyer que j’avais finis par devenir « leur disciple ». A partir de là, tout était devenu clair dans ma tête et j’étais emporté par la conviction selon laquelle je ne finirais jamais employé mais employeur… et ce fut le début d’une aventure difficile, très difficile, bien que passionnante.

Aujourd’hui, cela fait une décennie que je baigne dans le monde de l’entrepreneuriat ; un océan où garder sa tête à la surface est un véritable combat. Plein de fois, j’ai été tiré vers le bas et, Dieu merci, je ne me suis jamais noyé. Mais, ce combat est si rude qu’il m’est déjà arrivé de me demander : suis-je fait pour devenir entrepreneur ?

La vérité est que beaucoup d’entrepreneurs se posent souvent cette question et plus spécifiquement quand tout va mal. De même, les personnes qui désirent se lancer s’interrogent à ce propos pendant leur introspection (pour s’assurer qu’ils font le bon choix).

De nos jours, il est devenu assez rare de voir des jeunes qui ne veulent  pas créer leur entreprise. Quoique je suis comme contraint de dire que la majorité d’entre eux aspire à cela pour des raisons justifiées, je pense tout de même qu’une bonne partie souhaite le faire par simple enthousiasme, sans motivation profonde. Les succes stories des startups américaines nous font tous halluciner et on se croit TOUS capables de les reproduire. Ce n’est pas tout à fait vrai.

 

Est ce que tout le monde doit entreprendre ?

 

La question est sérieuse et mérite d’être posée mais la réponse est simple : NON. C’est assez compliqué de dire le « pourquoi » de ce non.

Nous sommes dans un monde où la communication est très intense. Il ne se passe pas un jour sans qu’on nous parle d’entrepreneur qui nous ressemble (ou pas).  On nous parle de ces startups qui réussissent (parfois pas). A travers d’excellentes émissions comme Réussite, on découvre régulièrement ces brillants africains qui montent. L’entrepreneuriat revient dans tous les discours de politiques. Des conférences s’enchaînent sur le sujet… Bref, ce marketing (si on peut l’appeler comme ça) est tellement fort et marche tellement bien, que l’on peut penser (de façon subliminale) que c’est plus facile aujourd’hui de lancer une entreprise (et d’en assurer la réussite) plutôt que de chercher à intégrer une déjà existante… Attention mirage !

« Mirage » peut paraître bien gros comme mot, mais il reflète pourtant une vraie réalité sur le terrain car loin des slogans, le terrain est rude, très rude.

N’est pas entrepreneur qui veut mais qui peut 

« Vouloir c’est pouvoir » me direz vous ? … OUI, mais pas toujours ! Entre le vouloir et le pouvoir, il peut avoir un grand fossé. Maintenant que nous y sommes, j’ai une petite anecdote à partager avec vous.

C’est l’histoire de mon oncle (dont je ne préfère pas dévoiler le nom pour des raisons que vous allez deviner en lisant la suite). C’est un grand passionné de foot qui ne rate pas un seul match des grands championnats. Il connaît tous les joueurs et le voir suivre un match est une vraie expérience sociale : il crie, boude, critique, s’effondre parfois dans le sofa, ses pieds jamais aux repos etc.

Et pourtant une fois sur le terrain, la réalité est toute autre. Il s’est avéré être le plus grand tocard de l’histoire des matchs du quartier… c’est à se demander s’il a déjà marqué un but.  C’est quelqu’un qui veut jouer comme Ronaldo, mais au final, c’est piètre joueur en dépit de sa volonté de devenir comme son idole. Grossomodo, dans son cas, la volonté seule n’a pas suffit. Il a voulu, mais n’a pas pu.

Dans le monde de l’entrepreneuriat, c’est souvent le même scénario. Beaucoup ont des idées mais ils n’arrivent pas à les transformer en entreprise, ni moins encore en projet. Ceux qui y parviennent sont confrontés à la dure réalité du marché qui les éjecte tout simplement la plupart du temps.

J’en connais qui ont eu des projets en béton qui, par contre, ont fini par désister, faute de financement et ceux qui ont réussi à récolter les fonds nécessaires pour des projets de non-qualité. Il y a tellement de paramètres qu’il faut avoir des reins solides pour lutter contre les vents et marrées.

 

Les entreprises faciles et simples sont toujours celles des autres !

 

J’ai assisté et participé à beaucoup de conférences. Toutes les fois que j’écoutais parler les entrepreneurs à succès, leurs histoires étaient tellement belles qu’on croirait qu’il suffit d’enregistrer une entreprise pour que le business marche comme sur des roulettes. Penser ainsi est une erreur monumentale.

Une entreprise, c’est un combat sans fin ; un travail sans fin, tant en avant-plan qu’en arrière-plan. C’est une guerre d’usure qui demande un certain talent, car beaucoup de faillites d’entreprises sont dues à leur gestion quotidienne. D’autres préfèrent se préserver de cet environnement et j’admire ce courage. Je pense notamment à ces jeunes (et vieux) qui reconnaissent sans sourciller ne pas être capable d’entreprendre car ce ne sont pas de bons gestionnaires. Ne me dites surtout pas qu’ils n’ont qu’à recruter un bon gestionnaire car ça, c’est un autre débat.

Le fait est que beaucoup se lancent dans le monde de l’entrepreneuriat pensant ne pas avoir à beaucoup travailler car il suffit d’avoir une bonne idée. Ceux là se retrouvent piégés dans un environnement où le répit n’existe vraiment pas car le danger est partout… même quand il n’existe pas !

 

Vous avez plus de chances d’échouer que de réussir !

 

Ce n’est pas moi qui le dit mais les chiffres. Il y a beaucoup de statistiques sur le sujet mais tous sont, quand même, unanimes sur un fait : il y a plus d’entreprises qui échouent que celles qui réussissent.

C’était déjà le cas des entreprises « conventionnelles » … car au bout de cinq ans la majorité d’entre elles disparaissent tout simplement pour plusieurs raisons (le rôle de cet article n’est pas de les énumérer, mais je reviendrai surement sur le sujet prochainement).

Au Cameroun, par exemple, 8 entreprises sur 10 disparaissent deux (2) ans après leur création. Pour les « startups » (la tendance actuelle partout dans le monde), c’est encore pire : 90% d’entre elles font faillite et seules 10% réussissent. Autrement dit, 80% de celles qui réussissent à survivre à « la vallée de la mort » (période de 2 à 5 ans qui sépare le lancement de la société et son succès commercial) meurent. Rares sont les entrepreneurs qui sortent de cette situation sans être ruinés et/ou endettés.

Si à ce stade de lecture, j’ai réussi à doucher vos ambitions, c’est que vous devez vraiment réfléchir sur l’entreprise qui vous attend. En revanche, si les trois grands axes que j’ai développés ne vous font pas peur : c’est déjà une (très) bonne chose.

J’ai beaucoup lu sur ceux qui ont échoué pour me rendre compte que nous ne sommes en rien supérieurs à eux, ni plus intelligents qu’eux. D’ailleurs, l’échec nous guette tous en permanence.

A mon avis, ce qui les a fait échouer, c’est en partie les choix qu’ils ont eu à faire (ou pas). Je ne suis pas de ceux qui croient en la chance. Je crois au travail et le travail dont je parle est réfléchi, rempli d’autocritiques et d’acceptation de critiques extérieures. C’est un travail qui n’a pas d’heure de début ni de fin, seulement des objectifs. C’est un travail ingrat mais plaisant …  à condition que vous soyez passionné.

Mais retenez une chose est sûre, il n’existe pas un modèle prédéfini d’entrepreneur à succès. Peter Drucker disait :

Il n’y a pas un caractère d’entrepreneur. Mais il faut du caractère pour l’être.

Bien évidement que certaines qualités sont indispensables pour tenir longtemps (et cela fera l’objet d’un autre article détaillé que je vais rédiger d’ici là) mais je peux déjà vous citer quelques ingrédients qui vous aideront à vous démarquer : passion, audace, vision, travail, bonne gouvernance, discipline et persévérance.

Donc, si vous êtes convaincu que vous réaliserez vos rêves grâce à l’entrepreneuriat, lancez-vous ! Car si vous ne le faites pas, quelqu’un d’autre vous embauchera pour l’aider à réaliser les siens. Si vous pensez être trop jeune, gardez en tête que :

Il n’y a pas d’âge pour entreprendre. Plus tôt on commence, plus l’apprentissage de l’entrepreneuriat est probant

Pour conclure ce sujet complexe, vous devez retenir que tout le monde peut entreprendre, mais en ayant connaissance que l’entreprise est une aventure qui peut marcher ou pas … et tout aventurier devrait le savoir.  Moi mon aventure dure depuis plus de 10 ans. J’espère qu’elle ne va jamais s’arrêter pour le meilleur et pour le pire. Et c’est tout le mal (ou le bien) que je vous souhaite.

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