Kigali, mon amour

Vérone Mankou
Vérone Mankou

Dans Général Posté le

Octobre 2013, je m’apprête à faire un voyage en plein centre de l’Afrique. Je suis surexcité à l’idée de découvrir un pays qui a un écho positif dans la sous-région ; un pays qui va « m’ouvrir les yeux », me dit un grand frère. Malgré toute l’assurance qu’il dégage en me faisant cette promesse, je garde mes pieds sur terre car je reste tout de même convaincu que tous les pays d’Afrique se ressemblent, soit dans le fond, soit dans la forme.

J’avais tort. Mais, je ne réalisais pas encore. J’étais loin d’imaginer que j’étais sur le point de vivre une expérience très bouleversante, disruptive et enrichissante : visiter le Rwanda.

En cette fin du mois d’octobre, le Rwanda organisait une grande messe nommée « Transform Africa ». Plus d’un millier de participants étaient attendus à cette conférence qui se voulait une plateforme pour discuter sur la façon dont les pays africains pouvaient maximiser les opportunités de l’économie numérique pour stimuler l’innovation, fournir des services d’un nouveau genre et créer des emplois (jeunes). J’y étais invité en tant que speaker, pour partager mon expérience auprès d’une centaine des jeunes entrepreneurs triés sur le volet. A cette époque je ne connaissais que trois choses à propos du Rwanda : son passé douloureux, le nom de son Président et tout le « bruit » qu’il y avait autour du miracle rwandais.

Je me souviens, pendant que mon vol atterrissait, j’étais en train d’admirer Kigali à travers le hublot de l’avion qui m’embarquait. Je voyais des collines à pertes de vues et la terre jaune de Dolisie. Dans ma tête, se baladait une idée dont j’avais du mal à me démettre : toute ville construite sur une terre jaune est forcément moche. Erreur !

Une fois à terre, sur le chemin qui menait à mon hôtel, je découvrais une ville « clean » ; la plus propre d’Afrique. Elle n’avait rien à voir avec toutes les capitales que j’avais visitées en Afrique Subsaharienne. En plus de cette surprise, j’avais eu d’autres coups de coeur que je ne vais pas lister : on va résumer en disant que la première impression fut bonne, très bonne.

Revenons donc à notre évent. La conférence était divisée en plusieurs mini-évents dont un sommet des chefs d’états, un focus sur les jeunes entrepreneurs et innovateurs,  un village d’exposition des technologies, etc. Avec tout cela, il était clair que le Rwanda misait sur ce grand rendez-vous pour (dé)montrer à tout le monde la « tech nation » qu’il voulait devenir en vendant des lendemains qui chantent : le plus marquant pour moi c’était de prendre connaissance du projet qui prévoyait de mettre du wifi gratuitement dans tous les bus, écoles, marchés, bâtiments publics…. : ce qui n’existait pas dans tous les pays que j’avais visités jusqu’à lors. C’était un bonheur d’être présent à cet événement.

Le gouvernement misait sur l’internet pour réduire le taux de pauvreté et il ne partait pas d’une feuille blanche car le Rwanda était déjà au top en matière de numérique. Sa participation, dès la première heure, au programme One Laptop Per Child rendait ce pays « sexy » aux yeux des fans de l’ICT4Dev.

Une anecdote que j’aimerais partager :  A l’époque où se déroulerait l’édition 2013 de Transform Africa, au Congo, tout le monde parlait de la 3G. Nous étions l’un des premiers pays à avoir un réseau de 3e génération en Afrique subsaharienne francophone et notre ministre des postes et télécommunications de ce temps-là, qui se trouvait aussi à Kigali pour la même conférence, ne cessait de le répéter à chaque interview. Pendant ce temps, le Rwanda venait de signer un accord avec une firme sud coréenne pour la couverture du pays en 4G. Et, le Président de la République du Rwanda, Paul Kagame, tenait à faire une démonstration de la 4G à ses invités. Cela se passait sur le stand de KT Corp.

La démo était tellement bluffante que notre ministre, dont j’étais le conseiller dans une ancienne vie, avait lâché (en aparté) avec l’humour (ou l’ironie) qui est le sien : « Ne me parlez plus de 3G ! Je n’en parlerais plus ! ». Ce qui n’avait pas manqué de nous faire rire aux éclats. Tellement que cela nous avait dépassé.

Bref, j’étais conquis, tant par le discours inspirant qu’avait tenu Paul Kagame qui passait presque pour un président geek, que par ce que j’avais entendu et vu. Ce séjour était tellement « disruptif » que le retour à la réalité congolaise ou « resteafricaine » était difficile. Mais bon, il fallait s’y faire.

 

Vous vous doutez bien que le but de cet article n’était pas d’en faire un carnet de voyage, n’est-ce pas ?  Alors, rentrons dans le vif du sujet.

 

J’ai récemment séjourné à Kigali, où s’est déroulé du 10 au 12 mai, la troisième édition de Transform Africa. J’étais accompagné de deux jeunes talents, Laud Washington Obami et Giovani Moanda. Le premier est le co-fondateur de Tinda, un startup qui marie finance et technologies tandis que le second est aux commandes de Wingu, une plateforme de commerce en ligne. Tous deux sont propulsés par la fondation BantuHub.

C’est avec un sentiment de joie que j’ai visité, pour une énième fois, une ville qui n’a pas arrêté de se transformer.

La construction de l’emblématique Kigali Convention Center a pris fin et a métamorphosé Kigali d’un coup (surtout la nuit). Vous vous souvenez de ce que j’ai dis plus haut sur « les lendemains qui chantent » qui nous avait été vendus en 2013 ? Ce n’était pas vraiment des promesses en l’air car, figurez-vous, non seulement que le wifi n’est plus un luxe à Kigali, mais plusieurs centaines de bus circulant à Kigali sont dotés de Wifi via la 4G … je ne vous parlerai pas des écoles et des administrations.

L’évent, lui, a pris plus de poids et de couleurs. Cette année, il a reçu 4000 participants (j’avoue que je doute un peu de la pertinence de leur calculatrice). Un concours de miss d’un nouveau genre a même été organisé. Bien que le thème principal de cette édition portait sur les villes intelligentes, cela n’a pas empêché l’organisation d’un Shark Tank à la sauce locale (Face the Gorillas) dont les gagnants sont repartis avec un généreux chèque de 35.000 dollars.

Au-delà de l’évènementiel, Transform Africa est devenu, au fil des ans, un vrai espace de networking et de lobbying dans le secteur de l’économie numérique en Afrique. Les décideurs y sont tous, des chefs d’états (cette fois ci il y avait plus de francophones que d’anglophones), des ministres, des investisseurs, des grandes entreprises tout comme les startups… bref tout le monde y était (sauf vous apparemment).

J’ai fait le constat selon lequel depuis un bon bout de temps, organiser des grandes conférences devient une mode, on voit des états mettre beaucoup d’argent et se battre pour avoir un bon casting de speakers (et même de participants) … : des véritables coups de communications pour la plupart d’entre eux (si ce n’est la quasi totalité). On voit tous les ans une horde d’étrangers venir, être hébergés et véhiculés dans le luxe sans que cela ne change quelque chose dans les pays qui les abritent.

Avec Transform Africa, c’est différent ! Ce ne sont pas que des discours (pour le Rwanda en tout cas), les choses changent et c’est perceptible année après année. Ce pays est tellement inspirant que je doute qu’un article puisse vous le faire comprendre, voilà pourquoi je préfère vous inviter à faire un tour au Rwanda : ça va vous ouvrir les yeux.

Et si vous êtes au Congo, sachez que j’organise un « Business Trip » au Rwanda en Août sous la houlette de la Fondation Bantuhub. Ce sera un voyage de 3 à 4 jours pour découvrir le Rwanda en mode entrepreneur (rencontres, échanges, visites, découverte…) afin de puiser l’inspiration et le savoir-faire de ceux qui bâtissent ce pays.

A nous revoir la semaine prochaine pour parler d’un rwandais pas comme les autres.

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