Luc Zanghieri, héros dans l’ombre

Vérone Mankou
Vérone Mankou

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Dans la vie, il existe des entrepreneurs qui agissent en silence … pour que leur réussite se charge de faire le bruit à leur place. Parmi eux, il y a un certain Luc Zanghieri. Si vous connaissez mal ce nom (ou si vous ne le connaissez pas du tout), ce n’est pas de votre faute. L’homme est discret, rarement sous les feux des projecteurs. Parler de lui est un exercice délicat car il est difficile de savoir par où commencer. Même sur internet, on trouve très peu de choses sur lui. Mais qui est donc ce héros longtemps resté dans l’ombre ?

Luc Emmanuel Zanghieri est un entrepreneur congolais qui a créé ce qui est, sans doute, la plus grande startup du Congo-Brazzaville. L’aventure de ce quadragénaire a commencé en 2000, comme pour la majorité des créateurs de startups. OFIS (c’est le nom de sa startup) trouve son origine dans une idée toute simple : « rendre l’informatique moins cher aux ménages et aux entreprises ».  

Si, pour certains, les années 2000 coïncident avec la baisse des prix des équipements informatique, au Congo ce n’était pas le cas ; c’était pire. A la fin des années 90, un ordinateur coûtait aussi cher qu’un terrain de 500 mètres carré chez Burotec (leader de l’informatique à l’époque à Pointe-Noire et au Congo). Parfois, il coutait aussi cher qu’une voiture Toyota Corolla de seconde main importée d’Europe pour en faire un moyen de transport en commun. A cette époque qui relève d’un passé pas si lointain, le matériel informatique neuf était réservé aux riches et je me souviens même avoir vu des ordinateurs coûtant 3 millions de francs CFA (4.500 euros) dans la même enseigne (Burotec). L’informatique était très budgétivore ; ce qui en faisait un luxe, même pour les entreprises. Mais ces dernières n’avaient pas le choix car il fallait s’informatiser, c’était un impératif pour aller vers plus de productivité et de transparence.

Burotec régnait en maitre, important et (sur)taxant ses produits au prix fort, se réfugiant derrière un code douanier en matière informatique caduque (toujours en application aujourd’hui) pour justifier ses prix exagérés et c’est là que Luc est entré en jeu. Fraîchement diplômé, il décide de s’attaquer au problème, fleurant le bon filon. Vu que les importations de produits finis coutaient chers, il décide de n’importer que les composants qu’il assemble dans le garage de son père, qu’il transforme au passage en atelier.

Ces produits assemblés (ordinateurs et autres) étaient ceux que OFIS proposait sur le marché à prix cassé (touchant une marge non négligeable), aux entreprises surtout. La magie opère. Du porte à porte, il passe à une communication plus agressive. Du garage de son père, il emménage dans un bureau avec vue sur l’océan. Luc s’est alors appuyé sur son réseau pour s’imposer, notamment auprès des entreprises françaises (qui règnent en maitre à Pointe-Noire). C’est ainsi qu’OFIS avait signé un grand coup en devenant distributeur des produits DELL : une consécration … avec un modeste store qui talonnait son concurrent historique (Burotec), situé juste à deux pas.

L’histoire ne s’arrête pas là car ce n’est pas le seul filon qu’il a fleuré. En effet, avec l’avènement d’Internet, OFIS avait eu une idée à la fois logique et brillante de devenir fournisseur d’accès internet en considérant le fait que toutes les entreprises qui étaient déjà leur client finiraient par avoir besoin d’une connexion internet. Le succès du service ne s’était pas fait attendre car, propulsé par Celtel (l’ancêtre de Airtel au Congo), l’offre de OFIS, le futur YATTOO (à ne pas confondre avec Yahoo) réussit à s’imposer face à la concurrence. Et OFIS et YATTOO sont devenues deux marques fortes dans l’écosystème numérique congolais depuis leur création et, ce, grâce à la vision d’un homme.

Mais ce n’est pas tout, Luc a su percevoir tôt un autre filon qu’il décide d’exploiter. Il s’agit de la TNT ou Télévision Numérique Terrestre. Car, après avoir constaté que l’audiovisuel africain était pauvre en contenu (c’est un secret de polichinelle) et au vu des couts (bien que pas si élevés) et contraintes qu’imposent la Télévision Numérique Satellitela TNT est apparue comme une solution pour permettre d’enrichir l’offre audiovisuelle. TNT Africa est donc lancé ; le « nouveau bébé » de Luc. Le succès est au rendez-vous pour ce bouquet TNT, comme ça a été le cas pour OFIS et YATTOO.

Je me rappelle avoir lu quelque part que quelques années avant que TNT Africa ne soit lancé à Pointe-Noire, Canal+ comptait 40.000 abonnés sur l’ensemble du territoire congolais. Aujourd’hui, TNT Africa dénombre un peu plus de 40.000 abonnées rien que dans la ville de Pointe-Noire. Le bouquet a choisi de débarquer à Brazzaville mais l’équation se complique pour Luc car Canal+ est maintenant présent sur la TNT et pour ne rien arranger, l’ogre Startimes arrive aussi sur la TNT avec la bénédiction de l’Etat… les choses se corsent mais connaissant le talentueux entrepreneur qu’est Luc Zanghieri, je suis convaincu que TNT Africa va tirer son épingle du jeu.

Bien, maintenant vous savez qui est Luc Zanghieri ou du moins quelles sont ses réalisations. C’est un homme dont je suis un admirateur de la première heure. Cet homme, à qui je voue un culte, est une réelle source d’inspiration pour moi à l’image de Gervais Koffi Djondo. Il est ce que les anglophones qualifieraient de « role model » ; un terme dont il est difficile de saisir la profondeur quand on est francophone mais nous pouvons nous contenter de la définition que nous fournit Wikipédia :

Role model en anglais veut dire « a person whose behavior, example, or success is or can be emulated by others, especially by younger people » en français on dirait : « une personne dont le comportement, l’exemple ou le succès est ou peut être imité par d’autres, en particulier par les jeunes ».  « Inspirer » prend tout son sens quand on comprend cette définition… comment dit on exactement « role model » en français ? … je ne sais pas bien évidemment.

Je considère Luc Zanghieri comme un role model et je vais tout de suite vous dire pourquoi. Il y a une semaine que je disais qu’entreprendre n’est pas une mince affaire et, ce, au niveau mondial. Il faut cependant admettre qu’entreprendre en Afrique, c’est encore un peu plus difficile car toutes les conditions ne sont pas souvent réunies pour rendre la tâche facile aux entrepreneurs. La banque mondiale a un indicateur, le très célèbre Doing Business pour classer les pays par rapport à leur attractivité en terme de business, et le Congo est toujours dans le peloton de queue depuis que j’ai appris l’existence de ce classement.

Cela prouve à suffisance combien c’est dur de se lancer et de réussir ; c’est tout sauf une tache facile et pour preuve, la Banque Mondiale nous classe 118e sur 180 pour l’obtention de prets. En une année, nous avons perdu 9 places. Je ne dis pas que c’est si noir que le dépeint la banque mondiale, mais je dis que pour réussir dans un environnement si difficile, il faut être un battant, un gladiateur, car c’est une course de fond bourrée d’obstacles. Luc est parmi ces gens qui se sont lancés avec succès dans cet environnement. Du garage de son père, il a réussi à construire un groupe qui a aujourd’hui des activités dans plusieurs secteurs et donne de l’emploi à plus de 500 congolais. Une source d’inspiration intarissable !

Je me souviens, lorsque VMK faisait encore ses premiers pas, quand certains pensaient que j’allais trébucher et me casser la tête, je regardais le passé de Luc Zanghieri en me disant que si lui il a pu, moi aussi je pourrai. Les entrepreneurs s’inspirent toujours d’autres entrepreneurs et plus spécifiquement de ceux dont ils se sentent proches ; ceux avec qui ils vivent les mêmes réalités ou encore ceux qui ont un grand impact dans leur parcours.

Bill Gates n’a pas connu des coupures d’électricité intempestives comme moi, Luc si ! Vincent Bolloré n’a sans doute pas connu l’effet d’une pénurie d’eau comme moi, Luc si ! Steve Jobs n’a sous doute jamais vécu dans un pays qui a connu une guerre comme le mien, Luc si et si Luc a réussi en parcourant un chemin aussi accidenté, comme on en voit dans beaucoup de pays en Afrique, moi aussi je peux … VOUS aussi sans aucun doute. Il n’y a pas de surhommes sur terre, il n’y a juste des hommes qui abandonnent leur rêves et d’autres qui s’y accrochent tant qu’ils les ont pas transformé en réalité. Luc est de ceux qui n’abandonnent pas, de ceux qui ne sont pas complexés : faisons de même et nous croiserons inévitablement le chemin de la réussite.

… Mais quand vous réussirez ne faites pas comme Luc qui a choisi le silence ; ce qui est assez rare pour un promoteur d’agence de communication. Plutôt, communiquez pour inspirer les autres et leur donner l’envie de se lancer. Je n’ai rien contre sa discretion ou son caractère réservé mais je m’oppose contre le fait qu’un parcours aussi impressionnant soit plongé dans une obscurité totale alors que les jeunes ont plus que jamais besoin de modèles : c’est la raison pour laquelle j’ai décidé de braquer un projecteur de poursuite sur lui.

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