Paul Kagame, un président disruptif

Vérone Mankou
Vérone Mankou

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Cela fait un moment que je vous parle, sur ce blog, des personnalités qui m’inspirent. Jusqu’à maintenant, je n’avais parlé que des entrepreneurs. Comme vous avez pu le constater, en lisant le titre, j’ai radicalement changé de registre dans l’article du jour.

Aujourd’hui, je vous parle d’un homme politique qui ne fait pas l’unanimité. Je suis tout à fait conscient qu’un tel article dans ce blog sera diversement apprécié, mais en le lisant avec un peu d’objectivité (si ce n’est pas trop demandé), vous comprendrez assez vite le but de cet exercice.

Je vous préviens, d’entrée de jeu, que je ne connais pas Paul Kagame personnellement et il est assez probable que je ne puisse jamais le connaître. L’initiative que j’ai prise, en lui consacrant cet article, est dénuée de toute considération politique.

J’ai voulu parler de lui parce que c’est un homme inspirant. Depuis quelques années, je le suis de près, je vois ce qu’il accompli, j’observe sa façon de procéder il le fait et je suis tombé sous le charme de ses réalisations et des progrès qu’a connu le Rwanda sous son égide. Je réitère que la rédaction de cet article n’a pour vocation de faire office de caisse de résonance des partisans de l’homme. C’est juste l’expression de la lecture que je fais de son action économique dans son pays, d’après ce que j’ai vu en quatre ans et ce que j’ai lu durant cette période. D’ailleurs, je vais plus me focaliser sur ses accomplissements.

Paul Kagame est depuis 2000, le Président de la République du Rwanda, un pays dont nous connaissons tous l’histoire (que je ne vais pas évoquer). Il est le principal artisan du « fameux » miracle économique rwandais et c’est de son rôle dans ce miracle que je vais parler ici. J’y vais de ce pas.

Dynamisme économique

Lorsqu’il est élu Président de la République, il lance un programme nommé « Vision 2020 », dans lequel il exprime sa vision pour les 20 années à venir. Celle-ci se résume à : Transformer le Rwanda en un pays à revenu intermédiaire axé sur le savoir, développer sa croissance, réduire la pauvreté, rendre la nation unie et démocratique.

Pour que cette vision devienne réalité, il mise sur la bonne gouvernance, la mise en place d’un Etat efficace, la qualification du capital humain (notamment dans les domaines de l’éducation, la santé et l’économie numérique), la dynamisation du secteur privé, la construction des infrastructures de classe mondiale et la modernisation de l’élevage.

Pour remettre les choses dans leur contexte, jetons un coup d’œil rapide sur ce qu’était le Rwanda en 2000 : un PIB de 1,735 milliards de dollars, une population de 8 millions d’habitants, l’espérance de vie était inférieure à 50 ans. En gros, le pays était pauvre, très pauvre. Et nous le savons tous, pour s’en sortir quand on n’a pas de moyens, il faut avoir des idées transformatrices et travailler dur pour les matérialiser. C’est ce qu’a fait Paul Kagame en mettant tout le monde au pas pour l’atteinte des objectifs cités ci-haut, avec des méthodes et une discipline quasi-militaires.

Marche difficile et sans doute harassante, mais les résultats sont aux rendez-vous : aujourd’hui le PIB du Rwanda est de 8,5 milliards de dollars, pour une population de 12 millions d’habitants et une espérance de vie à la naissance estimée à 65 ans. Ce n’est pas tout !

Le dynamisme du secteur privé n’est plus à démontrer et l’Etat se bat pour davantage améliorer le climat des affaires. Pour illustrer cela, le pays était 143e mondial dans le rapport Doing Business en 2008. Il est aujourd’hui 56e mondial, 2e en Afrique : un bond de près de 100 places  en neuf ans…

Ce dynamisme doit beaucoup (sinon tout) au Rwanda Developement Board (RDB), pilier de la vision 2020 de Kagame. Le RDB est la porte d’entrée économique du Rwanda, son objectif : « Transformer le Rwanda en un centre global dynamique pour les affaires, l’investissement et l’innovation ». Le RDB, Kagame l’a voulu, il l’a fait et a laissé ensuite des personnes talentueuses le gérer car dans son pays tout est fait pour encourager l’initiative privée. Par exemple, au Rwanda créer une entreprise prend 6 heures quand chez ses voisins il faut attendre des jours, voire des semaines (quand ce n’est pas des mois). Cet « allègement » des démarches administratives a pour résultat la création de 10.000 entreprises par an.

Développement du numérique

En matière de technologies, le Rwanda est devenu un leader sur le continent. Ses avancées technologiques permettent au pays de progresser jusqu’au point de se voir en pôle technologique d’Afrique de l’Est. Là où chez beaucoup de ses voisins la gouvernance électronique est encore au stade de concept, au Rwanda c’est une réalité. Vous voulez toucher du doigt cette réalité ? Tapez « irembo » sur Google pour voir…

Le Rwanda a été précurseur dans l’intégration des TIC dans le domaine de l’éducation en Afrique avec le lancement du programme  One Laptop Per Child  qui a distribué, dès 2012, plus de 100.000 ordinateurs portables aux élèves des écoles primaires dans tout le pays (c’est à partir de ce moment que j’ai commencé à le voir différemment, je l’avoue).

En 2016, plus de 260 000 ordinateurs avaient déjà été distribués sur un total de 500.000 prévus. Et croyez-moi, ce n’est pas la seule initiative brillante du Rwanda dans les TIC. Je ne vous parle pas de « Kigali Innovation City », ou du merveilleux et célébrissime KLab … Je n’en dirai pas plus, tellement qu’il y a beaucoup à dire sur le sujet. Paul Kagame considère que « l’Internet est un bien d’utilité publique au même titre que l’eau et l’électricité ». Avec une telle déclaration, vous pouvez imaginer qu’il a beaucoup fait dans ce domaine.

Le miracle rwandais

En 2000 au Rwanda, 60% de la population était pauvre. En 2014, ce chiffre a été réduit de 25% et le Rwanda veut reproduire ce bond d’ici 2018 pour ramener le taux de la pauvreté à 30% tout en gardant en ligne de mire l’extrême pauvreté. Là encore, le Rwanda a surpris plus d’un en 2015 en annonçant avoir sorti un million de Rwandais de l’extrême pauvreté en 5 ans seulement… : le miracle rwandais !

En 2015,  dans son rapport annuel, le Word Economic Forum (qui évalue le niveau d’efficacité de la gouvernance de 144 pays du monde) classe le Rwanda comme le pays le mieux géré en Afrique… et le 7eme mieux géré de la planète ! Un véritable couronnement de la vision d’un seul homme, soutenu par une dynamique et des personnes engagées … ce qui manque à beaucoup de leaders en Afrique, soit dit en passant.

Ambitions

On a beau bien gérer son pays, on a beau avoir une croissance soutenue pendant plus d’une décennie, on a beau être classé parmi les meilleures destinations touristiques du monde (le tourisme représente une grande manne pour le Rwanda) mais quand on veut être leader (ou juste une puissance) on doit être capable d’exporter. Cela permettra par exemple de faire rentrer des devises dans ce pays dépendant de l’aide extérieure qui représente plus d’un tiers de son budget annuel.

L’ayant compris assez tôt, le Rwanda veut doper ses exportations de matières premières (minerais, café, thé…) ainsi que celles des produits manufacturés. Cela a motivé l’installation d’une zone économique spéciale à Kigali afin d’y installer des usines tournées vers l’export.

Cette logique d’export est limitée avec un sous-sol pas si riche et une agriculture handicapée par la surpopulation et un relief difficile. « Le pays des mille collines », c’est un beau branding, mais c’est aussi un cauchemar pour les cultivateurs. Mais cela ne suffit pas pour ralentir ce pays qui veut avancer à grands pas, contre vents et marrées.

Il y a cinq ans, le marché des services représentait près de la moitié du PIB. Le Rwanda veut donc se tourner vers une économie de services basée sur le savoir. Pour y arriver, le Rwanda compte sur sa jeunesse qui représente 70% de la population et qu’il a déja commencer à orienter.

Un géant, un modèle

Le Rwanda peut être considéré comme un exemple de développement réussi. Il s’est vite remis de son passé tragique. L’unité et la réconciliation ont été renforcées, ce qui favorise la bonne gouvernance à moyen terme. (Ça ne vient pas de moi, c’est la BAD qui le dit).

Au cas où vous l’ignoriez, le Rwanda est un tout petit pays de 26 milles Km2, soit 12 fois plus petit que la République du Congo et 90 fois plus petit que la RDC. Mais ce qu’il a réussi à faire depuis 2000 n’est en rien comparable avec ce qui a été fait par ses voisins … surtout les francophones ! Et, à 3 ans de la date butoir de 2020, on parle déjà d’une vision 2040 : un pays de visionnaires !

Le président disruptif

J’aimerais maintenant revenir sur le terme « disruptif » que j’ai utilisé dans le titre de cet article. Ce mot est de plus en plus utilisé mais reste incompris par beaucoup. Etre disruptif c’est « avoir une vision de l’avenir, trouver des idées innovantes et les réaliser tout en réussissant à en faire un produit ou service qui deviendra vite incontournable » ; être disruptif c’est aussi « rompre totalement avec les anciens schémas et arriver là où personne ne s’y attend, tout en créant un phénomène de masse. »

En me basant sur la définition du mot « disruptif », je définirais le concept de « Président Disruptif » comme : un président visionnaire qui trouve des idées rompant avec des schémas classiques ou anciens et les réalise tout en réussissant à développer son pays d’une manière inattendue tout en fédérant à l’intérieur comme à l’extérieur.

Par sa vision et sa volonté sans failles d’avancer et de changer son pays ainsi que les conditions de vie de ses compatriotes par des idées innovantes (dont j’ai parlé plus haut), Paul Kagame a tout d’un « président disruptif ». A mon avis, c’est l’un des grands et «vrais » leaders que compte ce continent. Cela ne fait aucun doute.

Dans la bible il est écrit que « Lorsqu’il n’y a point de vision, le peuple est abandonné ». Beaucoup de leaders dans ce continent n’ont pas de vision ou n’ont pas une grande vision. Mais même quand ils en ont une, ils ne l’appliquent pas car leur mode de gestion, de gouvernance ne le permet pas.

Paul Kagame a ses démons (comme nous tous), mais ce qu’il a réussi à faire de son pays, est louable. Je ne défends pas son bilan, loin de là. Je le dresse juste et je loue la force de sa vision. Puisse cet article interpeller les leaders actuels et futurs sur cette notion disruptive dans leur mode de gestion.

Je ne pense pas que le Rwanda n’a que du bon. Si vous faites un peu de recherches, vous découvrirez les nombreuses choses qu’on reproche à ce pays (ou à son Président) et vous vous ferez votre propre opinion. Ici, je défends une vision optimiste de l’Afrique en montrant que tout n’est pas si noir ici, bien que tout ne soit pas si blanc non plus.

Enfin, pour ceux qui sont au Congo (ou proches du Congo) et qui souhaitent prendre le pouls du dynamisme rwandais, je vous invite à découvrir ce pays et ses nombreuses potentialités économiques lors du Business Trip que j’organise du 21 au 25 août à Kigali. D’ici là je vous en dirai plus, promis !

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